Groupe V A I S S E A U  
 
CORPS ET ÂME
 
QUELLE ÂME ?
L'homme est libre de vivre sans son âme, ou avec un embryon d'âme. De toute façon il est déjà équipé pour agir et subvenir à ses besoins.
Sa pensée et son corps produisent du concept, du joli, du plaisir, de l'amoureux et du bénéfice immédiats. Pour tout ça, et c'est beaucoup, il n'a besoin que d'un bout de son âme, cette sensibilité qui réagit au monde , la psycho soma, porteuse du désir de vivre, d'avoir et d'avoir plus.

Il est même équipé du regard double: il se voit regarder, c'est le signe le plus évident de sa conscience. On en parle, on expérimente qu'elle est capable de s'identifier, elle est là mais fuit aussi dans toutes nos activités incessantes. Cette conscience est-elle le Je central du sujet ? ou bien l'ombre de ce je, une ombre qui colle à tous les objets qu'elle rencontre. Ce flou dans la compréhension est insupportable...

On a donc décidé de se rabattre sur "la réalité des choses, des lois et des principes".



La réalité apparaît alors dans son fonctionnement matériel. On peut comprendre jusqu'aux électrons, aux gènes, aux particules. On peut appliquer des schémas d'enchaînement logiques, de cause à effet. Tout semble programmé et explicable: on enlève un gène et voilà qu'il manque un bras. On ne se lave pas les mains et le virus se déploie. On distribue des circuits et je vois ma bien-aimée au téléphone. Je serre bien un écrou et le frein fonctionne. Je soude mon tuyau et j'ai de l'eau .

Et surtout : je me regarde souder. Ce regard est celui de la culture. La planète s'est vue de l'espace.

Le monde a-t-il fondamentalement changé depuis? Ou est-ce simplement une répétition de ce qui est connu depuis des millénaires et qui reste insatisfaisant. Si la conscience est indispensable elle ne semble pas suffir à aller vraiment vers le bien, et n'explique pas cette constante intuition "qu'on ne comprend pas vraiment le monde", qu'il y a injustice dans les lois qui sont justes.

Ainsi nous continuons à fabriquer un double discours : celui scientifique d'une conscience relative et celui culturel qui crée des fictions autour du regard de conscience considéré comme central, .
Alors, selon l'air du temps, on se demande si c'est celui qui utilise le language mytho-poétique qui n'est qu'un reste en voie d'extinction, ou bien si c'est l'esprit scientifique qui est une limite nuisible.
Régulièrement on voit surgir le drapeau d'une alliance entre science et art. On invoque l'incontournable Léonard de Vinci...

S'opposent en fait l'attitude scientifique et l'attitude culturelle.

Le regard culturel n'est-il qu'une impropreté du regard (de la conscience), gênant la reconnaissance de
de la réalité scientifique (donc aussi de la logique commerciale), ou au contraire la culture est-elle le garant central qui devrait mener nos vies vers un épanouissement personnel et social satisfaisant ? La question posée ainsi présuppose une harmonisation trompeuse des deux éléments, une espèce de sagesse pâteuse et triste. Plus de drame, et une vie aussi ennuyeuse que le Cosmos.



Osons le postulat d'une création artistique nouvelle, fondamentalement nouvelle.
Il n'y a pas de création artistique sans vécu existentiel mis pleinement dans la balance. Ausculter le rôle de l'art dans notre société mène à devenir plus tranchant dans nos positions. Voyons cela.

On peut affirmer que sous le nom d'histoire de l'art (science humaine) les galeries et musées collectionnent les abherrations, les incongruités produites par des hommes victimes de fonctionnements maladifs. La rareté du produit expliquerait son succès dans la spéculation.

On peut aussi se demander si le pouvoir de création est simplement désiré et inaccessible, si la liberté n'est qu'un désir illusoire faisant croire que nous pouvons pratiquer la liberté, donc la création. On peut se dire que les connextions hasardeuses de l'univers produisent en réalité tout ce qui constitue notre bio et technotop, que nous sommmes dans un monde bien diversifié mais au fond détermiste et limité.

C'est ce que la philosophie de café laisse généralement entendre. J'arrive à penser ainsi mais immédiatemment se lèvent en moi une tempête de protestations.

Plus personne ne nous oblige à lire la Bible. Justement c'est le moment d'en faire lecture. C'est "eux" qui ont eu le courage de dire des choses qui ne sont pas médiocres. Ils disent que c'est Dieu qui parle et ils disent que ce Dieu est le père de l'univers, donc le géniteur du cosmos, que nous sommes ses fils et que nous sommes stupides (voire criminels) de nous laisser fasciner par une sagesse idolâtre utilisant une mauvaise lecture des lois du cosmos, que nous ferions bien de comprendre sa proposition qui est liberté, amour, pardon, justice, intelligence spriituelle, vérité et création.
Voilà un tonnerre qui résonne en nous, un tonnerre jouissif...vu l'effort que nous faisons actuellement pour faire au mieux dans les systèmes démocratiques et les résultats étonnants dans quelques secteurs mais navrant sur l'ensemble, je me propose de regarder à nouveau ces très anciennes propositions.



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Oui l'homme reste libre de vivre sans son âme.Vu du point de vue de la mort (ontologie du Néant),cette liberté est bien médiocre et peut mener à toutes les vilénies et médiocrités.L'agitation engendrée par le "all consuming", qui fait désirer perpétuellement du nouveau qui est toujours du même, fait croire que notre équipement de créateur virtuel est magnifique. La réussite sociale de quelques cas fait croire que cette création est efficace, et que la secte dite de l'art contemporain croit faire acte de création.

Il y a longtemps qu'on a réorganisé les concepts sans qu'intervienne la "notion d'âme", ou en la réduisant à un fonctionnement nerveux. Cette exclusion permet de mieux capter de la richesse ou du pouvoir, particulièrement dans le domaine de la culture.Les institutions religieuses avaient réussi à interdire à chacun la création de son âme, ceci par l'infusion sournoise de la mauvaise conscience. Les institutions culturelles subordonnent le déployement de l'âme à un jeu de concepts accrochés à une histoire de l'art auto-proclamée. C'est efficace, prononciation du concept et opérations "cheep"faisant par sa rareté ou sa répétition effet esthétique.Mais ça dégage le froid, le froid mauvais, cette atmosphère si désagréable qu'on essaye de cacher par du joli convivial, ce qu'on apprend dans le cadre du secteur des ressources humaines, le sourir du gestionnaire.

C'est exactement ce que dégagent tant d'installations " d'art contemporain". Votre impression est la bonne! Et c'est un signe qu'il n'y a surtout pas d'âme.

Les artistes sont invités à montrer toutes sortes de combinaisons intéressantes qui
permettent, un verre à la main, d'être un peu "dépaysés ensemble en temps que gens de bien", un peu comme ces jeux de société où l'on incite un invité à se dévétir avant d'entrer en lui faisant croire que tout le monde est déjà nu.
Le but est de ne surtout pas montrer que nos âmes sont un moignon et que déjà nous ne portons plus d'ombre,ainsi dans l'antichambre des spectres .

On habille ça de la croyance que la justice, le bien, la beauté pour tous n'est qu'une affaire d'organisation socio-éco-économique. On oublie de dire que le programme est agendé aux calendes grecques.

Et si nous osions penser autrement...

Serait-il vrai que la timide marque d'âme est en fait une pouce, une plante qui ne demande qu'à se développer, se déployer , l'endroit où nous pourrions ancrer un mât et mettre en place une voile dans laquelle soufflerait le souffle de Dieu? Tisser cette toile et la fixer bien sur le vaisseau personnel est la plus belle des tâches dont nous pourrions rêver...

Selon ce que nous savons de Dieu, ce souffle pourrait bien orienter notre activité de création dans le rayonnement de l'âme en croissance. On l'imagine capable d'allier enfin la beauté à la bonté et à la vérité, créant partout des synergies dans un esprit de partage écologique...

Critiquons ce double poncif à la mode : "le bien est aliénant--L'art doit être libre." Faire le bien serait s'oublier soi-même, oublier sa singularité, donc s'aliéner. Grâce à ces poncifs, les cynismes sont hyperabondants dans les expressions artistiques, situations justes rattrapées pour ne pas être légalement répréhensibles : un peu d'esthétisme qui autorise un peu plus de licence. Pourquoi donc ?
Cet ersatz de liberté permet-il d'être moins aliéné ?

Être aliéné me paraît un mal en soi, considérable, terrible. En plus: être aliéné veut dire aussi manque d'enthousiasme, dépression maladie: ça coûte très cher. Le fameux programme du progrès va encore être retardé... En réalité, le seul moyen de n'être pas aliéné c'est de suivre sa vocation, c'est-à-dire construire une activité qui est en relation intime avec notre monde intérieur. Pourquoi cette activité serait-elle laissée au seul domaine du "privé", de la chambre à coucher au hobby?

Du point de vue social, seul l'artiste qu'on ne nourrit pas a, pour cela, officiellement le droit de procéder ainsi. Remarquez que l'institution de l'industrie culturelle veut absolument faire entrer sa philosophie d'entreprise dans l'atelier pour pouvoir en tirer le véritable bénéfice qu'elle en attent. Dans les écoles,on enseigne aujourd'hui aux artistes d'établir d'abord leur ligne de marché.

Actuellement c'est même le monde artistique qui mime le schéma d'entreprise.

Soyons courageux : inversons le mouvement, partout où c'est possible . Dans les institutions culturelles ce sera très difficile. On y défend salaires et prestige. ça serait trop beau, qu'elles deviennent les lieux où l'on débattrait des différentes qualités des créations...

Il y aurait donc création et création...

Oui, si je reprends le postulat d'une âme à construire, on peut avancer que sous l'égide de l'âme enfin développée, toute personne devient créatrice en alliance avec tout ce qui est vivant, créant partout des synergies, des stimulants, des enthousiasmes. La création conduite dans le rayonnement de l'âme, dans la lumière de l'âme est transfiguratrice. On sort de l'esthétisme et du joli. On verrait alors Apparaîtrait une autre beauté, la vraie, servante du bien. Cela serait très remarquable dans la construction de notre cadre de vie, et très utile pour un développement harmonieux en régime démocratique...

Nous sommes à l'aube d'un immense remue ménage. Comment organiser une société dont les individus doivent pouvoir articuler intelligemment la vocation avec les savoir-faire pour répondre aux besoins. Comment articuler le moment de l'étincelle créatrice , le moment du saut " ex-nihilo"inhérent à l'opération créatrice, ceci avec le champ des savoir-faire qui répondent à des besoins?

Est-ce par hasard qu'on a laissé en plan le travail de réévaluation de valeurs morales?

Et si l'expression "que soit abattu le malin" ne signifiait pas qu'il faut abattre l'illusion du mythe, mais celui de l'argumentation obligeant à rester dans les normes du possible, l'argumentation qui empêche l'impossible.

C'est dans ce moment d'oubli que s'introduit dans le travail artistique une "nouvelle vie". Immédiatement cette "nouvelle vie" s'allie à toutes les anciennes parties vivantes déjà existantes, leur rendant éclat, les transfigurant, les faisant sonner, résonner, intensifiant tout l'environnement.

Intéressant tout ça.. Quels sont les censeurs qui empêchent cette expérimentation de se faire dans le nouveau contexte de notre histoire, si ce ne sont les poncifs de la culture...

L'homme est libre de vivre avec son moignon d'âme.

Mais dès qu'il a saisi qu'il était tout à son avantage de reconnaître le pontentiel de son âme, qu'll était libre de la créer, de la rendre opérative, qu'elle était vraiment sienne, qu'il était libre de tisser et fixer la voile, pour que vogue le vaisseau, alors toute son histoire personnelle prend sens.

et il se voue à la tâche CORPS ET ÂME.